J’ai finalement réussi à voir l’âge des ténèbres de Denys Arcand. Si je dois avouer que j’ai un parti pris pour Denys Arcand au départ, que j’adule Marc Labrèche, le film est venu me chercher totalement.
Arcand et moi on est de très bon chum. C’est seulement qu’il ne le sait pas encore, mais quand je vais le voir un jour, je vais lui annoncer promis. Il a cette vision complètement pessimiste du monde dans lequel on vit que je partage totalement, et cette capacité à nous envoyer l’ironie de l’univers en pleine gueule que j’affectionne tout particulièrement. Labrèche, c’est juste… Labrèche. Ce gars-là peut te faire rire aux larmes, et pleurer. J’ai toujours dit qu’un acteur capable de me faire pleurer des deux extrêmes du spectre des émotions (et me faire rire aux larmes c’est, pour moi, est un exploit monumental je vous l’assure) méritait tout mon respect, et il là… Et je passe au silence la personne qu’il est, hors du jeu théâtral…
Reste que mis à part ces partis pris comme je disais, le film est venu me toucher profondément. Je n’ai fait aucune révélation spirituelle sur l’être que je suis : je me connais trop bien. Reste que le personnage que campe Labrèche est euh… OK, je l’avoue, moi, mais plus vieux. Un être simple, ordinairement pathétique, aux idéaux « de jeunesse » brisés qui vit sa vie par procuration avec son imaginaire et ses fantasmes, seul vestige de son passé d’homme heureux d’être vivant.
Je suis comme ça moi. Moi aussi j’ai trop d’imagination. Je passe mon temps à fantasmer. Non pas sexuellement (m’enfin, oui comme tout le monde là), mais surtout. Une vie meilleure, l’amour vrai, le sexe frette et sec pour le plaisir, le succès, l’intérêt, la passion, name it! Moi aussi je me rends compte que le monde dans lequel je vis se fout de ma gueule chaque matin, moi aussi je questionne ma place dans l’univers, je questionne la nécessité de ce que j’ai fait de mon existence, jusqu’à présent. Moi aussi je me sais pathétique de pleurer sur mon sort alors que d’autres sont tellement plus à plaindre…
Là où je ne ressemble plus à ce personnage, c’est dans la prise de conscience qu’il fait. Quand il reprend les rennes de ça vie pour être heureux comme il l’entend. Comme Lester Burnham dans American Beauty quoi. Je sais que je m’enferme dans des fantasmes qui empêchent de vivre réellement, je sais que tout ce que j’ai à faire c’est attraper la vie à deux mains et la manger tout rond. Je sais que je dois le faire pour être heureux.
Je ne sais juste pas comment, encore.
Quand je vais rencontrer un jour mon bon chum Arcand, je vais lui demander s’il a un truc. Quitte à me faire dire que non, le monde dans lequel on est ne laisse pas d’espoir réellement aux grands rêveurs comme moi, au moins, il aura été franc.
Reste qu’en sortant du cinéma, j’ai eu une envie folle d’appeler quelqu’une tout près, de passer quelques minutes chez elle et de l’embrasser comme elle seule sait me donner envie de le faire, et de repartir tranquillement chez moi. Mais par chance, j’ai croisé deux jeunes femmes que je trouve qu’il fait toujours bon croiser pour passer un bon moment, ce qui m’a empêché de faire l’appel. Non, mais une chance hein? Qui sait si elle m’aurait dit « mais oui, viens faire un tour », je n’aurais peut-être pas eu autant à raconter sur mon blogue… Pathétique hein? Eh oui, je suis un fidèle produit de la société qui veut s’en sortir, mais qui n’y arrive simplement pas…
Je vais aller retourner rêver moi aussi alors, de cette femme parfaite autant intellectuellement que physiquement, adorée par la planète entière, mais qui m’a choisi moi pour m’enlacer dans ses bras ce soir, pour me dire « une chance que tu es dans ma vie » et me faire sentir important.
Commentaires
AMBRE:
Tu ne sais pas comment encore!!! C’est difficile de se confirmer le comment devant toutes ses possibilités, ses manières….
C’est peut-être pas une mauvaise idée de ne pas savoir comment s’en sortir!!!
Bon rêve…
Le Voyou du fucking bayou:
Ça a l’air de ressembler pas mal à Beauté Américaine… Sur Youtube d’ailleurs, il y a un petit vidéo qui compare les deux films. Quoiqu’il en soit, je vais aller le voir cette semaine et je pourrai moi aussi en parler. Et voir si Denys Arcand s’est basé sur moi pour bâtir son personnage…
SeaRabbit:
Je crains bien que ce ne soit pas si spécial de ne pas savoir comment s’en sortir… Et se sortir de quoi, au juste? De notre société hyper-consommatrice qui nous oblige à vouloir le mieux (sic), le beau (sic), le bon (sic), et là tout de suite et non, ça ne peut pas attendre demain, parce que demain il sera déjà trop tard?
Et comment peut-on envisager de faire ça… s’en sortir? En allant planter des quenouilles dans un hashram du désert sud saharien? En fumant du pot le samedi soir dans un bar miteux du bas de la ville? En allant aider les petits frères sud-américains qui sont pris dans la boue jusqu’au cou? En rêvant de baiser la femme du voisin qui a des seins plus gros que ceux de notre blonde?
Bof… Le mieux vient le jour ou on ne l’attend plus… et la sortie arrive problablement toujours trop tard, malgré que ça peut sembler trop tôt… mais au moins, il y a ça de certain… un jour, on sort… les pieds devant…
Non, je n’ai pas vu le film… J’attends qu’il sorte en DVD avec les sous-titres anglo… afin que mon chum puisse aussi le lire… mais, on dirait que j’ai déjà une petite idée… ;-))
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